Les murs en "tàpi"

Tout le monde a plus ou moins entendu parler des constructions en "tapie" ou "tapy" (prononcer "tàpi" avec la première syllabe accentuée, comme en provençal). Dans d'autres lieux, on parle de "pisé". Il s'agit de murs bâtis en terre, le matériau le moins cher qui soit. Si on trouve de nombreuses maisons en tapie dans la plaine des Sorgues, ce n'est pas sans raison : Pour utiliser cette technique de construction, il fallait sur place un sous-sol qui s'y prête. Or, la plaine des Sorgues, ancienne zone marécageuse, appelée "paluds" (ou "paluns" en provençal) contient dans son sous-sol, à environ 80 cm du niveau de sol actuel, une épaisse couche de limon de couleur gris clair plus ou moins argileux. C'est cette terre qui, humidifiée, coffrée et damée (voir technique de construction plus loin), permettait de construire à peu de frais les maisons du hameau de Thouzon aux XVII°, XVIII° et XIX° siècles.

La toponymie dans la région a laissé des traces jusqu'à nos jours : au Thor, la traverse de la Tapy ; à Monteux, la Tapy ; à Cavaillon, la Tapie ; à Sarrians, la Tapiole....

Ce mot provençal/occitan serait issu d'une déformation d'un mot arabo-andalou "Tabia". Peu de textes évoquent ce type de constructions dans le sud de la France. Cependant, suite à quelques études archéologiques, on a pu analyser des constructions en tapy datant du XII° au XIV° siècle à Marseille, Narbonne, Béziers, Carpentras... (Travaux de Claire-Anne de Chazelles, Robert Thernot, François Guyonnet : archéologues).

carte extraite des actes de la Table Ronde de Villefontaine sous la direction de Claire-Anne de Chazelles, François Guyonnet, Hubert Guillaud et Alain Klein (2007)
carte extraite des actes de la Table Ronde de Villefontaine sous la direction de Claire-Anne de Chazelles, François Guyonnet, Hubert Guillaud et Alain Klein (2007)

La technique de la terre coffrée

La terre humide est tassée par lits successifs à l’intérieur d’un coffrage en bois (banches), à l’aide d’une masse en bois (pisoir). Les banches sont maintenues en place par des clés traversant le mur et des liens au sommet.

Jean-Baptiste Rondelet (1802)
Jean-Baptiste Rondelet (1802)
cliquer sur les dessins pour les agrandir....
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Aujourd'hui, on peut apercevoir sur certains murs non enduits, ou qui ont perdu leur enduit, les blocs de terre damée qui correspondent à la taille d'une banchée, et les petits trous réguliers alignés au sommet de chaque "assise" qui sont les traces des "clés" de serrage des banches.

Une fondation de faible profondeur (0,50m) et une base de mur, construites en moellons et s’élevant sur une hauteur variable allant de 1,00 m à un étage, préservent le mur de pisé des remontées capillaires. L’élévation en tapie est constituée de banchées hautes de 0,80m à 0,90 m et d’une longueur n’excédant pas 2,50 m pour une largeur de 0,50m (épaisseur du mur). Chaque banchée repose sur un lit fin de mortier de chaux qui améliore la cohésion entre les assises successives.

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Commentaires : 1
  • #1

    louis-francois@hotmail.fr (dimanche, 02 novembre 2014 10:47)

    super article!
    je suis intéressé par une maison en tapy datant de 1890 sur le secteur de Saint Saturnin lès Avignon.
    Est-il possible d'isoler par l'intérieur ce type de construction avec un complexe BA13+polystyrène?...
    Continuez à garder la mémoire de ces lieux vivants!